ÉCRITS SOUS LA MER

La poésie est ma forme première de création, c’est mon enfance de l’art, elle est partout dans ma vie.

Je palmais avec quelques autres, profond sous l’Atlantique, lorsque notre chef de palanquée a sorti une ardoise en plastique blanc sur laquelle il a écrit le nom d’un poisson que nous venions de croiser. J’ai songé avec émotion : « On peut écrire sous l’eau. » La pensée suivante fut : «  Je vais écrire sous l’eau. »

Equipée de ma combinaison rouge qui devenait bleue en dessous de 20 mètres de fond et de mon ardoise, J’ai plongé pendant plusieurs étés en Bretagne, un peu en Méditerranée, pour aller chercher des mots qui n’appartenaient qu’aux profondeurs.

J’étais la première de ma longue lignée de marins à descendre de mon plein gré, la première à la regarder la mer de l’intérieur.

1

Glace cristal
et banc tout de suite
rochers comme un continent
j’ai envie de descendre
une oreille me tire
le fond possible
je resterai dans
les squelettes d’algues
– débris entre deux définitions –
blancs, sans pensée.
Je suis là parmi et provisoire
en dérive plein banc.
Chaque poisson est un angle libre
des milliers exacts.

 

 

2
Poisson poursuite
immobile dans un courant chaud
je me souviens de baignoires
alors que me zèbrent de courtes lames.
Le fond est une mousseline
de duvets d’oiseaux verts
d’oiseaux jaunes
très accordés.
Des roches sillonnées de sillons
en fleur d’éponge
et des geysers de bulles
venus des entrailles immobiles
sont entrés dans ma vie.

 

 

3
Des perruques en surface
et des poissons au fond
pas de lien
forêts d’arbres à sommier
des bruits d’avion
des moteurs de bateau
loin à l’oeil
étau à l’oreille

 

 

4
Rien, rien, rien
du sable, des algues
les grands sables, normal !
courant comme un câble,
mer, virgules en course
tout se rue
jusqu’à l’ombre et la lumière
des coups étranges ont martelé le sable du sol
qui a laissé partout de la poussière de diamant?

 

 

5
Creuser l’eau sous les nuages
dignes d’être là seuls
rumeur d’août et de littoral
le rocher du chien
est dans la libre interprétation
à la première remontée
de la première descente.
Un ange de bord de lumière
veille sur lui.

 

 

6
Les fonds m’accueillent
en termes de fond
algues magistrales battantes
et bancs frénétiques.
Je me coule dans une félinité sans âge.
Des leurs me disent
leurs mouvements animaux.
Je sais tout de la vague
marine dessus
doublée de vert.
Je regarde descendre un symbole de naufrage
et viens prendre des caresses organiques
d’algues et de peau.
Flancs déchirés aimés
vous saluer pour la beauté du geste.
C’est d’ici que toute vie part-vient
C’est aussi vrai pour moi.

 

 

7
Du vert comme un écrin
un écran tendre
impatience dans le non-temps.
Elle bientôt, série de couleurs
qui se bousculent.
Faire du tout possible
le point de départ
non de débâcle.

 

 

8
A tous mes amours
dans le berceau à réponses
se fête le retour de l’augure
le temps d’une croissance expresse
là sous l’eau de mes ancêtres
se trouve le paradis personnel
d’une femme née pour ce jour
pour les suites de coups de dés
le spectaculaire de l’inspiration
et le moteur à aimer.
unie à cette heure immortelle
je m’empare du dessin des vagues
par la lumière.
J’étudierai la toute question.
Reconnaissance à la marée haute
sur vos têtes polies.

 

 

9
Particules en suspension
mes compagnes du jour
dans votre foule blanche
je prends la parole de dire
– « le bonheur déjà là
est pourtant sur la route. »

 

 

10
Tous les bruits de tous les ports
sont ensemble.
Un destin de sel est à jouer.
Départ. Nouveau regard
exercice d’être en vie.

 

 

11
C’est dans l’eau
La plus claire de l’été
la plus froid
la plus au large
la plus inaccessible
et la cible du jour
que je viens dire
– «  C’est moi qui regarde le fond
avec une trace du passé dans la bouche
et c’est déjà le nouveau. »

 

 

12
Défis vers les perfections cachées
de ce qui pourrait n’être qu’une attente
je pense à cela
respiration suspendue sous l’eau glacée
où je vis seule.
Là ma pression aérienne,
nez aux détails
parmi les poissons tranquilles.
Je crois qu’ils savent le nom.
Peut-on appeler sentiment d’éternité
des sensations de préhistoire ?

 

 

13
Chemin dans l’eau
là face aux autres
la lumière passe
dans une chambre.
Je viens me perdre
comme on se cache
reposée dans les algues.

 

 

14
Des îles ont sombré
à fleur de clair.
Elles persistent
dans un désordre de silence
qui laisse entendre la force
qui bouleversa leur destin.
Savez-vous terres
que je suis prète à l’expérience
de votre grâce sous-marine ?
Dorade de devant
groupe d’en dessous
irisation générale
et s’actualise le rêve ;
Je palme une formation groupée
et découpée net
une autre
encore une autre
encore.

 

 

15
Première étoile de la saison
grise et à l’aise.
J’avais évoqué leur absence.
Des solitudes de langueur sont avec
autour l’ordonnance des choses
arbres à la chavire
endormis d’enfance
puis une autre contrée
semblable et unique
avec son histoire cryptée
dans la végétation.
Parler du feu changeant
de vos branches.
Changeant parce que soleil, marée basse
et amour en moi.
Je passe sur une plaine qui sabloie
en direction d’un casier mouillé
avec drapeau
alors que se font mes bancs d’hier.
Découverte d’un filet long, long
que je survole avec quelques petits
au ras du piège à vie.
Mon banc d’abondance les englobe
avec des diamants invités
dont certains traînent pour moi.
Bars et dorades énormes
caressent innocents
la distance mouillée
entre la force et le néant.

 

 

16
Représente-moi une montagne
avec cime
devant les faiseurs de mes jours.
Lumière tournante et droite
autorisation de poursuite
le parcours du désir
est à suivre jusqu’au fond
et l’écran devant moi
appartient à l’eau
plus qu’à mon regard
d’ailleurs il n’est que de surface.
Alors je prends le trouble
pour une poussière d’émotion.
Roches d’ici
je vous déclarerais grandes
si je me prenais à vous juger.
De petits poissons vous ont élus
– promesses tendres en devenir ;
Retour de bulles dans le feu blanc
alors que s’égrainent les espèces
une colonne de rosée droite et légère
monte
le mica défile en éclats
sur mon retour prodigue
et à l’instant de tout arrêter
un poisson argent énorme
bondit sous moi.

 

 

17
Premier première
tout l’amour est rose et vert
sur la plage.
Glisse sable de mes fiertés
terre aux lenteurs mécaniques
trace de la blessure Erika
comme pour dire j’y étais.
Mon enfance et ses sommets
parlent.

 

 

18
Blanches plaines de Groix
aux dunes de désert
mon avion est
dans une pluie de miroirs.
Les habitants en pleine certitude
ignorent la pensée.
Retrouver amie-puissance des profondeurs
quelque chose d’éternel
en mon corps dégagé
rouge fondu au vert
et brillent sous l’eau
ces lettres métal
sardines en habit près au réel.

 

 

19
Pas dupe des remous
ni de la lumière brouillée
de l’eau roulée et de sa glace
l’alphabet est bien présent
en particules composées
et des phrases toutes faites
sont là
dans des figures.

 

 

20
Une crevette étonnée
dans la buée du masque,
la glace apprivoisée
parce que miroir à faces vite mouvantes
et la recherche d’un fond
où pouvoir m’élever.
et si je descendais saluer une portion de moi ?
Voir ce qu’elle devient,
lui demander pardon.
Encore chercher.
Je prends note de mes folies
et de leur abandon,
des peurs qui justifient
les fautes à mon nom.
Du familier parmi les ancres
et le courant mêlé.
Rien ne quitte,
mon archétype est en extension sur les mers de chez moi.

 

 

21
A retrouver toujours
les mêmes éléments
on sait de soi le neuf,
on voit de tout, le sens,
retour immédiat
des secrètes intériorités.
Me suis-je déjà sentie
plus flottante,
plus présente à la vague ?
Vous me revenez
poissons illimités
dont je fendais le nombre.
Avec et sans vous
immobile dans le trouble du sol-ciel,
où court la lumière mise sous voile.
Quelques mètres en dessous
le mica effeuillé_
renvoi tout le brillant
d’une lune brisée sous la nuée.

 

 

22
Eté de Bretagne
seule en mer froide,
plus en dessous des eaux
je me remets en jeu.
Vision vide,
pas âme qui nage,
j’en appelle à celle du dedans
qui m’intime la profondeur.
Je dois changer quelque chose,
traduire en langue ferme
les faisceaux de lumière.

 

 

23
Liberté de mouvement
dans l’opaque déferlant,
j’ai une ardoise nouvelle.
Les rouleaux m’ont emprunté la première,
son crayon doit danser
dans quelques fonds turbulents
des poèmes de survie.
Mer support total,
sous les molles masses grises,
je vrille
dans l’éteint
la lumière qui me déforme encore.

 

 

24
J’ai un film en travers
je l’ai déjà convoqué ici-fond,
il me conduit,
j’arrache encore cette page.
je comprends.
Je recommencerai.
Expérience immédiate du plaisir.
Et portée par la vague
D’un vert incomparable,
j’alimente en fait
la chronique du monde.

 

 

25
Eaux miraculeuses
je pars,
la mémoire pleine
de mouvements invisibles.
Mon amour vient chercher mes yeux,
je te promets de chérir l’instant,
d’écouter jusqu’à ma personne née.

 

 

26
Les vagues me frappent
sur lit de marée basse,
chacun des faisceaux
désigne l’importance du point.
je nage avec l’énergie
de celles qui ont reçu l’intensité.
Les bulles de mes mouvements
sont perles de netteté.
Tempête de poissons
comme un déluge calme,
j’ai besoin de mon corps
voguant avec le contenu.

 

 

27
Le relief se creuse
et la matière irise,
les sons se font audibles,
les perspectives lointaines,
les mots font leur travail d’écho,
encore en est le plus commun.
Donne-moi l’horizon vertical
des heures fières.

 

 

28
Retrouvailles d’alvéole
et de face marquée,
printemps ancien déjà
et été nouveau né.
C’est en ma terre
que je plante mon drapeau
sur le dos de ma main
en forme de possible.
L’ai-je dis à la vague
que je ne répète plus,
mais que je réinvente
ce qui toujours exista ?
Je danse les flots
au dessus du gâchis
des homme-dieux qui oublient
que les forêts d’algues nippones
n’ont rien à faire ici.

 

 

29
Tout est noir
les contrastes sont violents
tout est vert
saturé de dorure
encre est la mer
je suis dans le bain de l’écrit
je – pour avoir su rugir –
sais voir les nuances
les secrets d’être d’eau.
C’est l’instant d’un rayon
que se montre la chaîne
des particules qui font la vie.
Opaque semblait l’écran
il est devenu couleur
et le noir de la vague
monture à éclats.

 

 

30
Jamais je n’avais regardé ici
je me souviens d’une photo
de moi bébé sur cette plage.
Je flotte entre les barques
avec un fond de joie
dans mon corps réchauffé.
Les rendez-vous des sables
ont des bribes de pensée
qu’il convient de convier
pour connaître le sens.
J’ai franchi ma limite culturelle
et je vole en pleine mer
au dessus d’un paysage
pour la première fois sous-marin.
J’ignorais que je le désirai tant.

 

 

31
Eloignement, compréhension
des enjeux muets.
Je sais lire d’où je viens
aussi puis-je parler
les langues.
Les bruits de chaîne
sont musiques alternées
parmi les jeux d’algues
curieuses de ma page.
Je peux dire liberté
pour avoir lu sur mes lèvres d’avant
des mots de pur carnage.

 

 

32
Dans tes méduses d’air
J’attends le moment de la scène
la plongée dans le rideau vers du noir.
Exercice d’être
par la représentation saccadée
des moments qui d’habitude glissent.
Le destin est une reine
tremblante, heureuse,
je suis follement là
portée d’entre deux ou trois eaux.

 

 

33
La mise à l’eau de l’engagement
mes mains rouges disent
« J’ai voulu être ici »
pour le croisement où se frôlent
le désir et l’envol.
Je vais dans le reflux
au raz des rochers calmes
entre les crabes
et la lumière décomposée
plus droit devant
qu’une prédestination.
L’horizon est sous mon ventre,
J’ai joie d’être
parmi une multitude
de modèles d’argent,
nous seuls à l’eau
en cet août de glace.
Lieu aimé de mes étapes
je fais population avec les passages.

 

 

34
Absolu de clarté
dans un très fort reflux
où naviguent à quai
des chevelures immenses
pas toutes déployées
attendant l’heure de marée
où elles voudront dire « je ».
Je coupe à travers leur masse
en direction du Sphinx
je gagne les grands fonds.
Tout y est mystère
je sais le danger
je le sens
la lumière est coupante
incisive et rapide
les algues semblent millénaires
enchevêtrées et larges
alors que le bruit de la mer
est absent de tout lieu.
Tout avance et recule
et avance pourtant.

 

 

35
Délices de l’île ;
rochers sculptures,
clarté de vue,
profondeurs immédiates,
je trouve ici le supplément
qui atteste du pas !
J’ai du sel dans la bouche
et des siècles sous l’ardoise
j’en suis la trace
des générations volontaires
j’en saisis quelque chose
dans la ville arrachée à la mer
et qui fait corps avec
et qui fera fin dessous.
Le combat vaut l’œuvre
mais qui des bâtisseurs
a vu ce que je vois
dans les courants chauds du port ?
Et qu’ont-ils vu eux
que je ne verrai jamais
des tempêtes inouïes
à l’absence d’empreinte ?

 

 

36
Pas d’eau mais de l’amour
prendre le temps
de regarder le rien
avant la nouvelle vague.
Je reconnais la vie
comme vérité définitive
et j’en prends le parti.
Les poissons ne s’enfuient pas
et je vois leur sol
plus pur qu’auparavant.
Je cherche des âmes marines
tout autour des roches
et j’y touche des beautés,
mélange de nacre et d’air
mais c’est celle qui s’empare du sable
qui occupe mes pensées.
Le retour est grouillant
le soleil se promène.

 

 

37
Eté miracle
perfection en tout
bonheur loin de ma contre-Bretagne
et pourtant avec elle
beauté claire
tout est donné.
Vaste générosité
pour un regard intérieur.
Je vole dans l’eau neutre
entre les tranches de lumière
encrée au sel de la bouche.
Rideau à lames
entre large et rives
dessin de baie
pour mes ébats.
Le sable d’ici
à le goût de l’amour
nul n’est plus beau que lui.

 

 

38
Lumière perçue, persistante
danse mécanique exacte
des vagues dorées
décalcomanies sur le sable,
retour aux sources du départ.
Je participe au rictus d’une mer
qui cachait bien son jeu.

 

 

39
Eau pâtisserie ;
glace nappée de chaud
avec des poissons foule
confondus, paisibles.
Je viens dire ma révélation
en cette mer ignorée.
Elle gardait pour ma liberté
ses joyaux fous
le pôle joie
de son tout entier être
jusqu’alors absents
derrière un pan hostile.
J’ai cru
parce que je le voulais
qu’ici jamais on ne nage
avec les poissons
comme un poisson.
La danse libre sans poids
vient d’être donnée
à mon corps reconnaissant.
Je travaille l’horizontal
avec verticalité.

 

 

40
Vue de surface
– juste sur le point de lame
entre ciel et mer –
elle est gélatine
malléable, encombrée
l’aplomb est parfait
je plonge.
Hospitaliers reflets
vous venez me dire :
Instants de bonheur
toujours possible
puisque tu sais voir
par la transparence
des apparences.
J’ai voulu vivre.
Les dessous révèlent
ce qui n’était qu’indice
dans le plancton premier.

 

 

41
Sable d’ici
semblable depuis mon arrivée
mer d’ici
claire à l’infini, pleine
je vous fends
je me coule
je m’habille de vos reflets
et éclats physiques ;
mica, pierre noire.
Soutenue à la perfection
je cherche de l’œil
mes frères supérieurs,
la palme tonifiée
par une mise en écrit par jour
longue
et par mes actes
actes d’amour.

 

 

42
Transition nette
ils sont là dans les profondeurs
des endroits à marée basse
de mon enfance.
Je les nage pour la seconde fois
et mieux que jamais.
Une matière d’algue
seulement faite pour flotter
– être vue et réjouir –
dérive entre deux eaux amies
puis c’est le cadeau
d’une nuée géante
et bien définie.
Ici de ma petite histoire
subsiste des instants
chacun semblable
aux minuscules poissons
des bancs où je séjourne ;
ils viennent et passent vite.

 

 

43
Qui peut dire le vert de ces algues
et la sculpture du fond-sable ?
Trace des courants forts
dans la forêt végétale
transparence d’eau
et archipel perdu par le brouillard.
En contrebas
de minuscules poissons
comme une pulvérisation ressente.
La joie ne peut se dire complètement
même sur des pages marines ;
elle se lit à l’huile des yeux
en reflets de lune pleine,
elle se palme
sous la mer tard
elle s’élance en flèche
vers toute forme de surface
et s’inscrit dans les jours
par de nouvelles nuances à l’âme.

 

 

44
Prendre sa place dans les eaux
et se voir faire étrangement un
avec le tout prodigue
en images demi-teintes.
Aujourd’hui il y a voile
les abondants se pensent plus libres
et plus libre je les vois
allant à leur calibre
dans la même direction
inouïs de nombre.
Les courants chauds
de l’eau tiède me caressent.
Ici flottent les présents
de mon présent.
Une bulle d’air
– perle en antimatière –
vient se joindre à nous
alors que je passe.

 

 

45
Te reste
du plus chaud des étés
une mer tiède
sous le ciel bas
et plus de poissons que jamais
dans le trouble revenu.
Agitation dans l’air de l’eau
le désordre des bancs
annonce l’ouverture
le voile va se gonfler
je suis portée sur ton plateau d’argent
vert-de-gris
traçant vers d’où viennent
les pièces arrachées
aux carrefours des hordes.
Est venu le moment
de laisser l’intention
pour s’adonner au vécu-vivant.

 

 

46
Volonté de faire trace
dans la vie d’ici
parce que la mienne
passe par là !
Le sable du fond
n’est pas de plage
il est de port.
Je vais en direction
de lointaines balises
striée des passages
d’une pâle lumière.
La clarté marée basse
désigne le paysage.
Une étoile de mer
séjourne absente
gris argent sur gris vert.
Ici personne jamais ne nage
C’est écrit dans l’abondance et la rareté.
Mes mouvements se dessinent
en cristal, là où il n’y avait rien.

 

 

47
Le fond bouge
en une seule ample respiration
– prendre soin du véhicule
car je dois aller loin –
des corolles nouvelles
à mes yeux jamais vues
ondulent au même rythme
que mon corps dans la vague.
Des bruits s’agitent
mes oreilles sont douloureuses
à force de reflux.
Aujourd’hui la mer me dit sa force
et j’exerce la mienne
à me maintenir
dans le vert dense, foncé
sans éclat.

 

 

48
La fin est dans l’eau
la meilleure
celle où l’on ne regrette rien.
Les paysages connus
vont être rangé
après ce dernier désir neuf
voir le rocher de la croix
légende de mon enfance
auréoler de mort
et lui dire bonjour.
Je connais en cet instant de marbre
la perte d’un très chaud courant
me croisent de si petits poissons
qu’ils semblent nés dans l’heure.
C’est de ses bras dont je veux.
Je traverse le monde à ma façon.

 

 

49
Le connu a repris
toute la place
augmenté de l’aperçu
une lettre d’elle
Paris au bout
pour une éclosion neuve
j’ai percé la surface
des eaux usées
vers le grand large je file
resculptée, armée pour le vivant
sachant que :
c’est ici que j’écris et me tais
c’est ailleurs que je me dis.

 

 

50
Nouvelle mer
je mue
j’abandonne ce que je savais de toi
entre les poussières organiques
et les bruits de chaîne
des corps-morts sauvages.
Et ce que je sais de moi
en est changé aussi.
A perte de palme
je vois en accord,
car tout ceci est à dire
bien bas
à fleur de sable.
C’est abondante
parmi les abondants
que je désigne les rives :
l’amour là
l’inouï plus loin.
Révérence à la mer.

Écrits sous la mer